TEXTE DE PRÉSENTATION / VUES DE L'EXPOSITION / LIENSPoint de fuite L’accumulation, les procédés d’abstraction formelle et la (sur)médiatisation de la sphère privée constituent trois déclinaisons que s’évertue d’investiguer l’artiste Charles-Antoine Blais-Métivier en regard de l’image. Déambulant dans les espaces publics que sont la ville et le web, tout en empruntant au sérieux de la recherche anthropologique, l’artiste s’approprie, répertorie, analyse et révèle le potentiel poétique de représentations diluées dans le surnombre. Avec Point de fuite, c’est d’ailleurs en tant que système de signification qu’il interroge les nombreux cas de disparitions d’animaux signalés par des affiches si récurrentes sur le territoire montréalais. De la surenchère visuelle Abstraire le poétique En premier lieu, le procédé de superposition réalisé à partir d’une numérisation de l’ensemble des affiches permet à Blais-Métivier d’en abstraire une seule forme abstraite qui constitue l’œuvre Trou noir (présentée en deux versions : canine et féline). L’objectif derrière ce travail de « postproduction[2] » est de « tenter de découvrir si une certaine universalité du tragique ne saurait ressortir de ces micro-évènements[3] » noyés dans la surenchère. Le résultat laisse transparaître ce qui pourrait être l’aura des disparitions : « une singulière trame de temps et d’espace : apparition unique d’un lointain, si proche soit-il[4] ». La forme évoque en outre pour l’artiste le phénomène astrophysique des trous noirs auquel l’œuvre emprunte son titre, accentuant l’idée d’un espace-temps représenté. À partir de ses observations, Blais-Métivier émet l’hypothèse de l’existence d’une brèche spatio-temporelle où convergeraient les animaux disparus. Fidèle au processus de collecte qui repose sur sa propre circulation dans l’espace, il s’attarde donc à la constellation géométrique que représente la récurrence de ces objets dans le tissu urbain. Au cours d’une enquête de géolocalisation nommée Étude sur les points de convergences entre les disparitions des animaux domestiques sur l’île de Montréal, il identifie par une série de calculs mathématiques la coordonnée géographique ultime – le « point de fuite » des animaux disparus – qui serait située dans un terrain vague au coin des rues Laurier Est et Fullum, en plein cœur du Plateau Mont-Royal. Au terme de la recherche en avril 2012, il convoque l’ensemble des propriétaires endeuillés sur les lieux dans son « bureau d’enquête ambulant », où ces derniers sont mis aux faits de ses conclusions[5]. Bien que Blais-Métivier dupe ce public autant qui le fascine, le récit fictionnel émergeant de la collecte permet de dévoiler le potentiel poétique du quotidien et d’invoquer l’archétype de l’ « artiste-chercheur[6] ». Révéler le rituel Ce qui est particulièrement évocateur dans le cas de Point de fuite est cet accent mis sur la nécessité, pour le producteur de l’image, d’inscrire dans la sphère publique un geste quasiment vain. Alors se pose la question à savoir si les affiches de bêtes disparues, tout comme les autoportraits photographiques sur le web, ne participeraient pas à un certain processus de commémoration publique, plutôt que de servir une quelconque finalité utilitaire (retrouver l’animal, relater un événement, séduire l’autre, etc.). Le rôle de la médiatisation de ce privé prend dès lors une fonction rituelle et, par extension, le geste de l’artiste tend à accorder aux images trouvées le statut de trace, d’icône ou d’objet-rituel. Blais-Métivier s’affairerait ainsi à révéler le potentiel poétique résidant dans ces multiples phénomènes sociaux, dans ces comportements communs, en somme dans ces actes nous projetant dans l’observation de rituels contemporains. Notes [1] Garance Chabert et Aurélien Mole, « Artistes iconographes », dans Art 21, no 25, hiver 2009 – 2010. Biographies Né en 1986, Charles-Antoine Blais-Métivier détient un diplôme en arts visuels et médiatiques (UQAM). Son travail a été présenté sous forme d’expositions collectives dans différents lieux de diffusion montréalais, notamment au Centre Clark, à la galerie Les Territoires, à la galerie Art Mûr et chez ARPRIM. En 2012, il était de la sélection du festival Art Souterrain et réalisait une résidence d’artistes au centre Skol, dans le cadre du projet After Faceb00k (en collaboration avec Serge-Olivier Rondeau). Né en 1988, Alexandre Poulin poursuit des études à la maîtrise en histoire de l’art (UQAM). Ses recherches se concentrent sur la notion de perte à titre de mécanisme de résistance en art actuel. Il collabore régulièrement en tant qu’auteur avec différents lieux de diffusion. En 2012, il a été co-coordonnateur de Projet Complot 9 et agit à titre de chef de pupitre de la critique en arts visuels pour l’Artichaut, revue des arts de l’UQAM.
VUES DE L'EXPOSITIONLIENS- Maude Lefebvre «CABM à PFOAC221» The Belgo Report, 15 avri 2013 |
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