Michel de Broin + Ève K. Tremblay: Honeymoons |
TEXTE DE PRÉSENTATION | OEUVRES PRÉSENTÉES | VUES DE L'INSTALLATION | ARTICLES | LIENSTEXTE DE PRÉSENTATIONDans le projet Honeymoons, les artistes Ève K. Tremblay et Michel de Broin s'unissent pour collaborer à une oeuvre photographique explorant la tension qui anime la rencontre de deux univers singuliers.
Ce qui se dégage du projet des deux artistes est cette captivante exploration de l'invisible topographie du rapport amoureux. Ève K. Tremblay est née en 1972. A étudié en littérature à l'Université de Montréal (1991-92) et en théâtre au Neiborhood Playhouse School of the Theatre à New York (1994-95). Ensuite, elle obtient en 2000 un Baccalauréat en Beaux-Arts (majeur en photographie) de l'Université Concordia. Son travail a notamment été exposé à Montréal à Occurrence ( L'Éducation Sentimentale , 2000), à Circa ( À la recherche des placebos , 2002) et à Frontenac ( Disparaître en bleu - Ein Spiel der Biosemiotics , 2004), à Québec à l'Oeil de Poisson ( Les dédales d'Ariane , 2001), à Toronto à Archives (2001), à la Gallery 44 ( Honeymoons , avec Michel de Broin, en 2003), et à Bâle au Frontstore ( Zoosemiotics , 2003) et au Kaskaden Kondensator (2003). En 2003, elle était en résidence au iaab de Bâle en Suisse (bourse du CALQ). Elle vit et travaille à Montréal. Michel de Broin est né en 1970. Récipiendaire du prix Pierre Ayot 2002 (Montréal). Son travail s'est inscrit dans l'espace public, notamment avec Matière dangereuse (Skol Montréal,1999), Entrelacement (Commissaire Gilles Daigneault, Canal Lachine, Montréal, 2001), Trou (Commissaire Sylvie Fraser, Optica, Montréal 2002), Révolutions (Parc maisonneuve cartier, Ville de Montréal, 2003) et Made in France (la vitrine, Paris 2004). Il a exposé au Museum of Canadian Contemporary Art ( Control damage , Commissaire Camila Singh, Toronto, 2003), Gallery 44 ( Honeymoons avec Ève K. Tremblay, Toronto, 2003) à la Galerie Pierre-François Ouellette ( Chercher l'erreur , Montréal, 2003), à la Villa Merkel ( Épater la Galerie , commissaire Andreas Baur, Esslingen, Allemagne, 2002), au Kunsthaus Baselland (Bâle, 2001), au CCS (Commissaire Sarah Cook, New York, 1998), et à Circa (Montréal,1997). En 2004, il était en résidence à la Villa Arson (Nice). Il vit et travaille à Montréal Remerciements : Gallery 44, Fototeca de Cuba, Iliana Cepero,Claudia Léger. La promesse de l'image [Conceptual Love] Udo Karl de Sauriac © 2004
Jacques Lacan, « L'amour et le signifiant » 1 L'amour conceptuel D'entrée de jeu, j'aimerais signaler qu'il ne s'agira point ici d'une analyse conceptuelle de l'amour, ni d'une critique des modalités du discours amoureux faisant des clins d'œil à Roland Barthes. Au contraire, afin d'offrir au lecteur quelques ouvertures aux œuvres, j'aimerais essarter le terrain et suivre quelques pistes qui surgissent, somme toute, des séduisantes images elles-mêmes. Je crois d'ailleurs que tout au long de l'histoire de la pensée moderne, plusieurs saltimbanques de la raison ont tenté de proférer des mariages singuliers alliant la sensibilité et le concept — synthèses indigestes, voire chimériques. Ainsi, par d'innombrables circonlocutions et périphrases alambiquées, que de lunes de miel ont été consommées par la tradition philosophique, celle qui s'est toujours définie comme véhiculant l'amour conceptuel. Or, si cet amour de la vérité a échoué, il se peut que le blâme puisse être infligé à la manière dont il s'est enquis de son objet : la philosophie a toujours logé son analyse du côté du concept, forgeant ainsi, par son affection pour ce dernier, un concept de l'amour et non la chose elle-même. Des talents de funambule me faisant défaut, j'insisterai davantage sur les effets figuratifs incarnés par le sentiment amoureux ici présent, ceux qui sont véhiculés par ces œuvres dont la mise en forme courtise sans cesse les allures d'un art conceptuel.
La promesse À coup sûr, nous sommes en présence ici de deux pratiques fort distinctes — l'une de l'image et du jeu (Ève K. Tremblay), l'autre de la matière et de l'espace (Michel de Broin) — mais qui convergeront afin d'offrir au regard des essais ludiques d'hybridation et des tentatives d'enchevêtrement de stratégies plastiques. Or, la série Honeymoons a pour auteur deux artistes qui figurent pleinement leur fascination mutuelle pour le monde de l'Autre et qui forment (cela n'est point de l'ordre du superflu) un couple. En effet, il s'agit dans ce travail d'une mise en représentation du couple amoureux en tant que projet. Et où projet il y a, il est certain que nous sommes en présence d'effort et donc de souffrance. Le concept de projet implique que l'aboutissement de l'union totale est jeté devant, tel un jet, vers l'infini; c'est dire que l'accomplissement est à jamais inachevé. Cette ouverture temporelle donne lieu (le mot est juste, puisque des lieux il y en a à la pelle dans ces photos) à des répétitions toujours renouvelées de scènes de lune de miel. À vrai dire, la répétition est ce par quoi se manifeste le topos qui est au noyau de cette série : la structure narrative, à savoir la rencontre, qui pourra être jouée à plusieurs reprises, voire selon des permutations sans fin. En somme, si « la répétition demande du nouveau [et elle] se tourne vers le ludique qui fait de ce nouveau sa dimension […] »2 , on pourrait dire que Honeymoons est une mise en récit d'une fusion jouée, et que l'histoire, toujours mouvante et toujours la même, promet le sujet.
… et ils font des tableaux Il est étonnant combien est présente cette nature dense, sauvage, dans laquelle se joueront ces timides pérégrinations vers l'Autre et au sein de laquelle se manifesteront ces singeries amoureuses. L'Autre, cet abîme, cette matière dangereuse vers laquelle le pauvre moi est fatalement attiré malgré lui, est partout visé dans ces images. Cependant, l'écart le tenant irrémédiablement à distance ne sera guère franchi pour la simple raison que Honeymoons pose la représentation (à entendre : la représentation de l'Autre) comme site même de la différence. Par sa démultiplication de gestes et leurs pendants, par son accumulation de citations savantes provenant du corpus des deux artistes, mais avant tout par sa mise en circulation d'éléments formels à travers des images qui isolent les personnages dans un univers cloisonné, le désir des artistes ici représenté est fondamentalement médiatisé par une pléthore de signes. Bref, ça saute aux yeux qu'afin de créer un univers partagé, voire un langage commun, ces deux artistes ont façonné des images synthétiques composées de métaphores et de métonymies d'éléments qui leur sont chers (ou que l'un estime capital chez l'expression artistique de l'autre). Cette déambulation dans le domaine du symbolique est essentielle au statut des images photographiques dans Honeymoons, lesquelles opèrent davantage une mise en forme de fantasmes impliquant le moi et l'Autre qu'une simple saisie du réel. Allons plus loin. Cette surabondance de signes a incontestablement une double fonction : permettre la visibilité de l'amour et l'occulter (je pense encore à l'image du rocher). Il ne serait donc pas exagération d'affirmer que si le signe est ici signe d'amour, c'est-à-dire déclenché et produit par amour, il surgit également dans Honeymoons en tant que figure opaque faisant obstacle au regard et s'imposant comme objet imperméable aux meilleurs efforts herméneutiques. Bref, le signe surgit en tant que tableau. On pourrait dire que la médiatisation du moi par les signes de l'Autre équivaut à se faufiler dans le discours d'autrui en s'insérant dans le tableau. Je crois que c'est autour de cette notion que s'articule toute la lisibilité de cet échange artistique, au bout duquel les artistes ont su maintenir un équilibre délicieux entre leurs idéaux particuliers et leur projet commun en jouant des scènes ludiques issues de deux imaginaires dissemblables. 1. Jacques Lacan, Le Séminaire Livre XX : Encore , texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 46. 2. Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse , texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil (collection Points Essais), 1990, p. 72. 3. Je voudrais souligner qu'il s'agit bien dans cette composition d'une mise en scène dans laquelle nous voyons la main d'Ève K Tremblay et la tête de Michel de Broin formant un être unique. OEUVRES PRÉSENTÉES
VUES DE L'INSTALLATIONARTICLESCampbell, James D. Bordercrossings, "Visual Art: Ève K. Tremblay and Michel de Broin", Issue 93, p86-89 Lamarche, Bernard. Le Devoir, Moi et l'autre, du samedi 20 et du dimanche 21 novembre 2004, E8 Lehmann, Henry. The Montreal Gazette, Portraits of love and intimacy: Artists approach love from very different angles, Dec 11, 2004 - 614 words Page: H2 Delgado, Jérôme. La Presse 2, Histoires de couples, 9 décembre 2004, ( 196 mots ) Dejardins, Eloi. L'artichaut: journal des étudiants en arts de l'UQAM, Lune de miel d'enfer ou comment Michel de Broin et Ève K. Tremblay ont envisage leur Mois de la Photo, Vol III no 2, déc 2004 – Jan 2005 Lamarche, Bernard. Le Devoir , D'histoire et d'exotisme, Édition du samedi 28 et du dimanche 29 août 2004 LIENS
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